En France, plus de 70 % des médecins utilisent des outils numériques au quotidien. Pourtant, dès qu'il s'agit de publier une vidéo ou d'ouvrir un compte public en ligne, la majorité des praticiens se fige. La cause n'est pas le manque d'expertise, mais la peur du blâme ordinal. Or, depuis le décret de 2020 et la Charte CNOM de 2025, la communication médicale n'est plus interdite : elle est réglée.
La grande peur du blâme ordinal
Dans l'inconscient médical, la règle ancestrale résonne encore : « La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce. Toute publicité est formellement interdite. » Beaucoup de praticiens craignent qu'une simple prise de parole en vidéo n'entraîne un signalement de confrères, une convocation en chambre disciplinaire départementale, voire une interdiction temporaire d'exercer.
Cette peur repose sur une méconnaissance de la législation actuelle.
Depuis le décret n° 2020-1662 du 22 décembre 2020 et la publication de la Charte CNOM du médecin créateur de contenu responsable (janvier 2025), la communication des médecins n'est plus interdite : elle est réglée.
« L'Ordre n'interdit pas aux médecins de s'exprimer. Il leur interdit de vendre. Pour un praticien rigoureux, ce cadre déontologique n'est pas un carcan : c'est sa plus grande protection. »
François Mourasse — Regard-Soignant1. Ce qui a changé : Du silence forcé à la communication réglée
Avant 2020, l'article R.4127-19 du Code de la santé publique interdisait toute publicité, directe ou indirecte. Le Conseil d'État a annulé ce verrou sous l'impulsion du droit européen.
Désormais, le praticien dispose d'une liberté de communication sous trois conditions strictes :
- L'information doit être loyale, honnête et scientifiquement éprouvée.
- La communication doit poursuivre un but éducatif, scientifique ou de santé publique.
- Elle ne doit comporter aucune incitation commerciale à la consommation de soins.
En clair : vous avez le droit plein et entier d'expliquer une pathologie, de décrypter un examen ou de conseiller des gestes de prévention. Ce qui vous est refusé, c'est de vanter vos mérites personnels ou d'attirer des patients par des artifices marchands.
2. Les 5 interdits absolus qui déclenchent les sanctions
1. Les témoignages de patients (même anonymisés) : Repartager un avis Google élogieux, filmer un patient opéré qui vous remercie ou publier un « avant/après » est strictement interdit.
2. Le diagnostic ou conseil personnalisé en public ou DM : Prescrire ou conseiller nominativement un traitement en commentaire engage votre responsabilité directe.
3. La publicité payante et le sponsoring : Acheter des mots-clés Google Ads ou payer Meta pour booster vos vidéos est formellement prohibé.
4. Les partenariats commerciaux : Aucun placement de produit pharmaceutique ou de complément alimentaire.
5. Le dénigrement de confrères : Critiquer publiquement les pratiques d'un autre médecin viole le devoir de confraternité.
3. Ce que vous avez le devoir d'occuper : L'espace d'utilité publique
La Charte CNOM de janvier 2025 encourage expressément les praticiens à s'emparer des plateformes pour contrer les fake news. Ce qui est non seulement permis mais valorisé :
- L'éducation thérapeutique et la vulgarisation : Décortiquer les mécanismes d'une pathologie (l'arthrose, l'endométriose, l'hypertension), expliquer le déroulement d'une intervention, dédramatiser un examen d'imagerie.
- La santé publique et la prévention : Rappeler le calendrier vaccinal, encourager le dépistage du cancer colorectal ou du mélanome, expliquer les gestes qui sauvent.
- L'humanisation du soin : Montrer les coulisses du métier, expliquer la rigueur d'une stérilisation ou le rôle d'une équipe sans exposer de patients identifiables.
- Le partage de données acquises de la science : Commenter une étude récente, résumer les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS).
-
1
Données acquises de la science : L'information s'appuie-t-elle sur des consensus médicaux sourcés et récents ?
-
2
Ton strictement éducatif : Le propos est-il neutre, sans promesse de guérison miraculeuse ni mise en avant mercantile ?
-
3
Secret médical absolu : Aucun patient réel n'est-il mentionné ou reconnaissable ?
-
4
Clause de non-consultation : Avez-vous rappelé que cette vidéo ne se substitue pas à une consultation médicale ?
-
5
Transparence des liens d'intérêts : Vos éventuels partenariats scientifiques institutionnels sont-ils déclarés ?
La déontologie n'est pas un frein : C'est votre label de confiance
Sur internet, n'importe qui peut s'autoproclamer expert bien-être, promettre la guérison d'une pathologie lourde par le jeûne et acheter de faux avis en ligne.
Face à ce maelström, le médecin ne doit pas se cacher. Le respect scrupuleux de la déontologie est précisément ce qui vous confère une autorité morale inattaquable. Le public ne cherche plus des bonimenteurs : il cherche des repères solides.
La Charte du CNOM n'a pas été écrite pour faire taire les soignants, mais pour leur donner une boussole. En respectant ses principes, vous n'exercez pas seulement votre liberté de communication : vous accomplissez votre devoir d'information médicale.
Vous souhaitez sécuriser vos prises de parole médicales ?
Définition des lignes éditoriales, conformité aux recommandations ordinales (CNOM 2025) et écriture de vulgarisation rigoureuse : parlons de vos projets pour faire de la rigueur déontologique votre premier levier de confiance.
Échanger autour de vos enjeux